Haïti – Coopérative de production d’énergie locale

Perturbations et Bienfaits apporté par lobtention de l’énergie dans une communauté

Les Haïtiens, face à l’incapacité du gouvernement à fournir de manière homogène et régulière sur son territoire de l’énergie à ses concitoyens, ont recourt au système D pour leur quotidien et leur commerce.

Pourtant, la situation n’a pas toujours été ainsi. Sous le régime dictatorial, tous les Haïtiens, avaient de l’énergie. Mais de par l’instabilité politique qui s’en suivit, le réseau s’est dégradé. Il est mal entretenu, peu contrôlé, et les branchements sauvages sont nombreux, causant des coupures de courant quotidiennes et de plusieurs heures.

Dans ces conditions, il est difficile sans un système énergétique individuel de proposer des services, de développer une industrie, ou de proposer des loisirs.

En couleur, le réseau des lignes de courant alimentant les principales villes du pays. Les autres villes éloignés du réseaux

 

 

 

La coopérative locale de production électrique, un modèle alternatif pour autonomiser les régions isolées

Une coopérative de production électrique hybride (diesel/photovoltaïque) a été attribuée, conjointement par plusieurs organismes internationaux, aux habitants de trois communes du sud-ouest du pays en XXXX (date): Les Coteaux, Roche à Bateau et Port à Piment. Cette initiative, un test, vise à comprendre la pertinence et la durabilité de ce système.

A terme cette coopérative devra être autonome. Pour l’instant, NRECA, organisme international de développement électrique s’occupe de la gestion pratique de la coopérative, et de la formation du personnel sur place afin de monter en compétence dans la connaissance de la coopérative et son développement futur.

Dans nombre de cas d’aide au développement dans le monde, les projets initiés pour les populations les plus défavorisées sont laissé par l’organisme donateur sans prévision d’entretien, causant à terme pillage et abandon du bien.

En dotant la coopérative d’un conseil d’administration, d’un conseil de surveillance et en rendant les clients propriétaires de cette coopérative, une volonté d’instaurer le concept de bien commun est mise en œuvre. Aux habitants, dont les membres de la coopérative, de faire de ce bien un bénéfice pour la communauté.

Les trois communes étudiées à travers de nombreux témoignages nous ont fait comprendre que l’arrivée de l’énergie dans ces communes fut un évènement majeur.

Tout d’abord, la vie sociale s’est réorganisée, plus besoin de se coucher à la tombée de la nuit. Ensuite, les bénéficiaires ont la possibilité d’ouvrir un commerce, d’étudier pour les écoliers comme pour les adultes qui continuent leur auto-formation. Mais aussi de répondre aux besoins de communication grâce aux smartphones. Et d’enfin profiter de l’arrivée des loisirs comme la radio, la télé et d’un confort grâce aux réfrigérateurs, fers à repasser …

Tout le monde aspire à avoir de l’électricité, la vie quotidienne en est vraiment facilitée. Qui plus est un système régulier et de qualité. Ceux qui en bénéficient sont de faite très content du système, même s’ils se plaignent de son coût élevé.

Quant à la consommation d’énergie, les membres de la coopérative n’ayant que peu de ressources et peu d’appareils électriques, ils ont une utilisation très raisonnée de l’énergie. Sur une période d’un mois, ils peuvent ne consommer que 4 kWh, quand le consommateur Français en consomme 1000 kWh (hors chauffage et eau chaude). Le système de la coopérative propose un système de prépaiement, ce qui permet aux consommateurs de gérer de manière optimale leur consommation d’énergie, ainsi, pas de gaspillage et pas surprise à la facture.

Mais tout le monde n’ayant pas accès au réseau, cette coopérative produit aussi beaucoup de jalousie, parce-que trop éloigné du réseau, les lignes déployées sont dans les principales rues du centre ville, beaucoup de famille n’ont pu bénéficier du système. Par ailleurs le coût et les conditions de raccordement à la charge du client furent aussi pour plusieurs membres problématiques.

Bien sûr le souhait à la base est d’agrandir le réseau, de faire bénéficier le plus possible aux habitants des communes ces bienfaits de l’énergie. Mais ces décisions appartiennent au conseil d’administration, c’est à lui qu’il reviendra de permettre à plus d’habitants de bénéficier du raccordement à un coût moins élevé, ou d’étendre le réseau pour permettre à plus de résident d’avoir l’accès au réseau.

Une remise en question de la coopérative.

Le business plan de la coopérative, a été réalisé avec une installation hybride d’énergie, des panneaux photovoltaïques et une centrale diesel prenant le relai à la tombé du soleil. Ce plan prévoit que l’installation est à la charge des organismes financeurs, et que les consommables et les investissements futurs sont à la charge de la coopérative. Seulement ce plan, n’incluait pas de batterie pour stocker l’énergie produite dans la journée et non consommé, et bien entendu, le pic de consommation est à la tombé de la nuit. Ce qui provoque un coût de fonctionnement plus important que si l’investissement initiale avait inclus des batteries. Cependant l’investissement aurait dû être beaucoup plus conséquent ou le réseau n’aurait pu être étendu aux trois communes. Sans parler de la haute sensibilité d’un parc de batteries à un usage sans une constante surveillance. Ainsi, les organismes financeurs ont fait le choix de minimiser les risques et d’étendre le plus possible la zone de distribution.

Beaucoup auraient été satisfait et auraient utilisé au mieux le potentiel fourni. Invitant des entreprises à s’installer dans la zone, faisant un tarif préférentiel pendant la journée pour augmenter la proportion d’énergie gratuite vendu et rentabiliser la consommation d’énergie fossile du soir. Ne serait ce que pour bénéficier d’un réseau de qualité leur permettant d’assurer une production stable, des commerces, des industries. Et ainsi grâce aux bénéfices générés, le conseil d’administration aurait pu investir dans une extension de réseau ou dans un parc de batteries.

Mais, le conseil d’administration porte la plupart de ses efforts sur la critique de l’installation. Manque d’une salle de réception pour les assemblés générales, indemnités de déplacement pour les conseils d’administration insuffisante. Et le plus grand sujet de discorde est l’absence du parc de batteries, rendant la production de l’énergie consommé globalement chère pour la coopérative.

Le conseil d’administration mobilisé par un de ses membres, avocat à Port à Piment, jalousant un projet similaire de coopérative aux Anglais (ville encore plus éloigné du réseau d’EDH) ou un parc de batteries a été confié aux membres en complément au système photovoltaïque, a organisé une importante protestation devant le CEAC le jour même ou venait se rendre compte de l’installation les principaux financeurs. Si ces derniers n’avaient pas déjà investi autant dans la coopérative, ils auraient définitivement abandonné le projet.

L’après Matthew

Avec 70% de l’installation détruite après le passage de l’ouragan Matthew, se posent de nouveaux les questions chère aux conseils d’administration.

Quelle commune va être raccordé en premier ? et jusqu’à quand faudra t’il attendre pour que Port à Piment ville la plus éloigné du CEAC, soit enfin raccordé ? Qu’en est-il de l’indemnité de déplacement pour les réunions mensuelles du CA ? Et va t’on enfin avoir des batteries ?

Pour l’instant NRECA, a choisit de récupérer tout ce qui est récupérable du réseau et de raccordé en premier les Coteaux puis Roche à Bateau et attendant les nouveaux investissements pour enfin pouvoir raccorder Port à Piment, ce qui ne manque pas de créer de nouvelles tensions au sein de la coopérative.

Notre dépendance à l’énergie.

Pendant un mois, dans ces villages coupés du réseau du fait de l’ouragan Matthew, nous avons pu observer comment, font les locaux sans courant. Cela nous a aussi permis de nous rendre compte à quel point nous sommes devenus dépendant de l’énergie.

Pourtant, cette énergie est indispensable à nos activités et sans nier les bienfaits qu’elle apporte, ne pouvons-nous pas réfléchir à son utilisation. L’énergie n’est ni bonne ni mauvaise, c’est un outil, mais notre usage en fait une vraie question de cohésion sociale. Sans parler de comment nous utilisons cet outil. La plupart du temps c’est sans y réfléchir que nous branchons nos appareils, sans conscience de l’effort humain, des conséquences environnementales, de l’énergie même nécessaire à extraire et acheminer cette énergie.

Sous prétexte d’apporter les moyens de se cultiver (étude plus facile, accès à internet), l’énergie apporte surtout beaucoup de loisirs (télé, radio, réseaux sociaux) et ce gain, sans éducation, n’apporte aucun bienfait pour la culture de la société, au contraire elle peut tuer la vie et la culture locale.

Une communauté fédérée autour de la protection de l’environnement et de la culture à Porto Rico

CASA PUEBLO

Au cours notre tour du monde, nous avons découvert dans les montagnes caribéennes de Porto Rico une communauté recherchant l’autosuffisance économique et énergétique : Casa Pueblo (CP), maison du Peuple en Français.

Cette communauté prend naissance à la fin des années 1970, quand le gouvernement Portoricain entame un projet de mine à ciel ouvert dans les montagnes de l’île. Il concerne les petites localités d’Adjuntas, Utuado et Lares, d’où provient une grande partie de l’eau potable du pays. Le nettoyage des roches extraites doit se faire par lixiviation, procédé générant une grande pollution par l’utilisation de cyanure et par les résidus d’extraction contenant des métaux lourds (cadmium, arsenic, plomb, zinc, etc).

C’est donc sous couvert d’utilité publique que la qualité, la disponibilité de l’eau seraient mis en danger, et que des milliers de citoyens seraient déplacés.

15 ans de lutte citoyenne contre le gouvernement et contre deux grandes multinationales de l’extraction sont nécessaires pour faire annuler le projet en 1995. Cette formidable mobilisation regroupée à Adjuntas pointant parfois jusqu’à 30 000 personnes donne naissance à Casa Pueblo, une maison communautaire menée par son leader charismatique Alexis Massol qui recevra quelques années plus tard le prix Goldman de l’écologie.

Aujourd’hui, CP est toujours rempli d’enthousiasme, de bonnes idées et de grands projets ! Nous y sommes restés deux semaines pour vivre l’expérience de l’intérieur…

« Entrez, cette maison est la vôtre ! »

Lorsque vous rentrez pour la première fois dans la maison du peuple, un ou une volontaire vous accueille, disant tout sourire « bienvenue dans cette maison, elle est vôtre ». Ce ne fut pas une métaphore pour nous puisque nous avons eu la chance d’y être hébergés le temps de notre étude, bien que personne n’y vive au quotidien.

Nous avons d’abord compris l’histoire et le fonctionnement de CP, vite devenu haut lieu de sensibilisation et force de proposition sur l’environnement à Porto Rico. Les prises de position de la communauté résonnent à échelle nationale, si bien qu’un grand nombre de Portoricains connaissent Casa Pueblo. Côté porte-monnaie la production de café artisanal, les panneaux solaires photovoltaïques, une boutique et quelques dons assurent l’indépendance financière de la structure.

Suite à la lutte contre le grand projet d’extraction minier, CP obtient la gérance des forêts environnantes, et les transforme en forêt-école visant à sensibiliser et éduquer les milliers de visiteurs annuels. La mobilisation continue en parallèle, permettant par exemple en 2012 l’annulation d’un projet d’oléoduc devant traverser le pays.

Nous avons pu observer ce qui constituait le lien de la communauté. Tout d’abord, un amour profond, et il est difficile de le décrire autrement, de la part de tous les volontaires et principalement du leader charismatique Alexis Massol.

Cet amour s’étend de la culture de Porto Rico aux gens de toute sorte, du simple paysan qui retrouve ici sa valeur indispensable à la société puisqu’il produit notre énergie vitale, notre alimentation, jusqu’à l’ingénieur qui élabore un système de lampe de rue six fois plus économe que les lampes actuelles à halogène. Les volontaires sont de tous âges, tous milieux, et sont prêts à donner de leur temps, de leur énergie pour faire vivre et évoluer CP, mais aussi pour accueillir et aider les visiteurs.

Du global au local, et du local au global

Au delà de cet amour indispensable, c’est autour de trois piliers que les membres de la communauté se fédèrent : Science, Culture et Communauté. Par la science, en passant par l’éducation, l’homme est plus à même notamment de comprendre et critiquer les projets qui l’entourent, qu’il finance parfois indirectement. Par la culture, CP fédère les habitants locaux qui se rassemble autour de fêtes musicales ou typiques d’une culture Portoricaine qui a besoin de se renforcer, souffrant de l’influence Américaine. Enfin par la force d’un groupe, ils sont unis, formant une entité à forte influence leur permettant d’être écoutés mais aussi de continuer à se développer.

A CP, des initiatives sont mises en place et testées afin d’apporter des alternatives locales à la mondialisation et aux biens de consommation importés. « Du global au local, et du local au global », nous répète souvent Alexis Massol. CP communique sur ses découvertes et réussites pour partager au global ce qui a été accompli à échelle locale.

Par exemple, CP s’est associé à l’un des nombreux producteurs des montagnes pour torréfier sa production et la vendre sous le nom Café Madre Isla (café de l’île mère). Cette torréfaction est un vecteur de lien avec la commune d’Adjuntas, les habitants pouvant le savourer toute l’année et sentir se répandre son odeur dans les rues les jours de production.

Depuis plus de 20 ans, pour répondre à ses besoins énergétiques, CP utilise le potentiel solaire pour ses cultures, mais aussi pour produire de l’énergie. Plusieurs systèmes se sont succédés, et aujourd’hui 24 panneaux photovoltaïques pour une puissance de 5kw sont installés sur la toiture principale. Des batteries stockent l’électricité nécessaire à la structure, et le surplus est distribué gratuitement à la commune via une connexion au réseau collectif.

L’indispensable lien culturel

L’école de musique de CP, particulièrement populaire, permet un lien supplémentaire entre la population locale et la communauté. Dans les années 90, elle a permis de faire connaitre et dé-diaboliser la communauté, à l’époque sévèrement critiquée par le gouvernement.

Cette ouverture vers la culture est relayée par une radio locale, première des Caraïbes alimenté 100% par énergie solaire. Elle constitue un vecteur de communication précieux pour la population locale, et joue un rôle d’utilité publique en donnant les informations importantes en cas de coupure générale de courant.

Nombre d’autres initiatives sont à relever comme l’élevage de papillons, la culture de salade par hydroponie, un laboratoire de recherche biologique pour prévenir et protéger l’environnement, de la recherche et développement associé à une université, et d’autres en préparation tant ce lieu bouillonne !

L’autogestion communautaire

CP montre une alternative possible. Un système d’autogestion, d’indépendance qui fonctionne localement, mais qui peut aussi fonctionner partout. CP se nourrit de la connaissance de ses visiteurs cosmopolites, et très vite Alexis Massol nous a intégré dans ce processus.

On nous a donné la parole, demandé notre avis, nos critiques sur la communauté. Et c’est là un point crucial, chacun est écouté, son opinion, ses idées, ses envies, ses capacités trouvent un sens et une reconnaissance unique !

En vivant près des membres de la communauté, chacun peut ressentir qu’une force et une joie les animent. Les volontaires sont nombreux, et pour eux, jouer un rôle dans la sensibilisation des milliers de visiteurs annuels est indispensable pour protéger leur magnifique île. Selon Alexis Massol, « ce processus de recherche d’indépendance et de décolonisation apporte un sentiment de libération et d’émancipation indescriptible ».

Cette communauté de bientôt une quarantaine d’année a su affronter des épreuves de longue haleine, de tentatives d’intimidation en politique de discrimination par les autorités locales. Mais fort de son unité et de son bon droit, elle fut et reste mobilisée et plus utile que jamais.

Merci Casa Pueblo, cette expérience fut riche et nous incitons chacun à s’en inspirer !

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